LE BURNOUT, UN MAL DE CIVILISATION ?

Samedi 18 Janvier à 10H15

à la médiathèque Anne Fontaine, Antony

10, rue Maurice Labrousse, gare Antony (3 min. de la gare, 30 min. du Châtelet, ligne B)

Thème: Le BURNOUT - mal du siècle, mal de civilisation?

Avant d'être un problème individuel, le burn-out est d'abord une pathologie de civilisation. Marquée par l'accélération du temps, la soif de rentabilité, les tensions entre le dispositif technique et des humains déboussolés, la postmodernité est devenue un piège pour certaines personnes trop dévouées à un système dont elles cherchent en vain la reconnaissance. Invité: Pascal Chabot, philosophe, enseigne à l’IHECS (Bruxelles). Il est l’auteur de Global burn-out (PUF, 2013), Après le progrès (PUF, 2008) et La philosophie de Simondon (Vrin, 2003). Il a aussi co-réalisé  le film “Simondon du désert” (2012) Actuellement il travaille avec jean Lemaire sur la réalisation du film “Global Bunout”.

PHILOMAGAZINE, article  du 17/1/2013:
C’est une histoire de feu, d’un feu intérieur qui consume l’homme au travail. Un jour, brutalement, il tombe en cendres dans la froideur du management moderne. On appelle cette épidémie, car c’en est une, le « burn-out » (la fin d’un incendie) ou « épuisement professionnel ». Il atteint les meilleurs d’entre nous, les plus motivés, compétents, responsables, qui ont une vie privée et matérielle ordinairement agréables. Mais un matin, le corps refuse de bouger, impossible de marcher ou d’allumer son ordinateur, une crise de larmes oblige à garer la voiture sur la bande d’arrêt d’urgence. Arrêt d’urgence. Le grand vide. Que raconte le burn-out du travail, de notre société, de notre civilisation même ? Pascal Chabot s’empare du sujet en philosophe, lui donnant une profondeur inédite. D’emblée, il aborde le burn-out comme un « mal de civilisation », miroir de notre temps. Son diagnostic est clair : le burn-out est la maladie du « trop ». Trop de travail, trop de consommation, trop d’exploitation de la planète, trop d’accélération, trop de course à la reconnaissance, trop d’exigences d’adaptation et de profit. Et si elle touche en priorité ceux (et surtout celles) qui soignent, qui aident, qui éduquent, elle atteint le cœur d’une civilisation. En cent cinquante pages d’une écriture fine et limpide, Pascal Chabot tire les fils un à un, en cherchant d’abord la généalogie de la notion. « L’inventeur » du burn-out est un psychiatre américain, Herbert Freudenberger, qui, dans les années 1970 à New York, travaillait auprès des toxicomanes. « Burn-out » qualifiait pour les psys l’état de patients « cramés » par l’abus de drogues dures. Cette expression, Freudenberger se l’est appliquée à lui-même lorsqu’un jour, saisi par une insondable angoisse, il n’a pas pu se lever. Une autre acception du terme, plus surprenante, est fournie par un roman de Graham Greene, A Burnt-Out Case (1960, en français La Saison des pluies, Robert Laffont, 2007), où un architecte, fatigué de trop de travail et de succès, plaque tout pour se retrouver dans une léproserie au Congo. Le romancier établit un parallèle entre l’état de son héros et celui des lépreux, le terme « burnt-out » désignant médicalement le stade où la maladie s’arrête après avoir « brûlé » tout ce qu’elle pouvait dans un corps. Voilà d’où vient « notre » burn-out au travail : du vocabulaire de l’addiction et d’un mot qui parle des lépreux, rejetés, dangereux, surnuméraires… Enfin, Pascal Chabot a trouvé dans la théologie catholique l’ancêtre du burn-out : l’acédie (du grec akedeia, « indifférence »), cette tiédeur de l’âme qui peut saisir le plus fervent des moines et lui faire perdre la foi. Dans une Église qui promeut la passion de Dieu, l’acédie est péché de froideur ; dans un monde qui idolâtre les glaciales rationalités du management et de la rentabilité, le burn-out est délit de surchauffe. Les deux, remarque Chabot, sont contestation des valeurs dominantes. Les deux sont fatigues spirituelles, « le mal des croyants » tombés dans le vide de la perte de sens. Est-ce la faute au « système » ou à la fragilité du travailleur ? En philosophe, Chabot, inspiré par Georges Simondon (1924-1989), grand penseur de la technique, examine la relation entre les deux et esquisse une voie pour sortir du burn-out, vers une métaphysique de l’équilibre pour l’individu et vers un nouveau « pacte » humaniste avec la technique. Mais là, entre la vertu du yoga et celle des managers mondiaux, il nous laisse un peu… tièdes. Reste une forte conviction : « c’est le travail qu’il faut défendre ».

 

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20 rue Maurice Labrousse 91160 Antony